Photo sous-marine : un peu d’histoire

_

Caisson et photo sous-marine de Louis boutanCaisson et photo sous-marine de Louis Boutan

C’est à Joseph Nicephore Niepce que l’on attribue l’invention de la photographie. C’était en 1826. Quant aux premières images sous-marines, elles seraient l’oeuvre de l’anglais William Thompson qui, trente ans plus tard, eut l’idée d’enfermer un appareil dans un caisson et de l’immerger à quelques mètres sous la surface. À cette époque, on utilisait les plaques au collodion et les temps de pose étaient d’environ 10 minutes. On rapporte dans la revue La Science que les images étaient assez confuses, en grande partie à cause d’une fuite du boîtier. D’autres essais ont été tentés à partir de bathyscaphes et autres engins, mais les photographes n’étaient jamais en plongée à proprement parler.

Le titre de premier photographe sous-marin revient au français Louis Boutan. Ce maître de conférences à la Sorbonne réalisa les premières images en plongée. Ses intérêts scientifiques le poussèrent à étudier le monde sous-marin et à explorer ce milieu en utilisant le scaphandre lourd. Rapidement séduit par l’idée d’utiliser la photographie pour illustrer ses travaux de recherche, il entreprit la construction d’un appareil étanche conçu pour les prises de vue sous-marines, avec l’aide de son frère ingénieur.

Ses premiers essais s’avérant plus ou moins réussis, il abandonna l’idée d’un appareil étanche par construction et dirigea plutôt ses efforts à la construction d’un boîtier étanche pouvant accepter un appareil déjà existant. Cet appareil, une petite chambre de 9×12 cm, possédait un système de réarmement des plaques et ne nécessitait aucune mise au point pour les sujets situés à moins de trois mètres.

Boutan fût rapidement confronté au problème de faible luminosité en profondeur. Les plaques photographiques en usage à l’époque étant très peu sensibles, il fût contraint d’utiliser l’éclairage artificiel. Avec l’aide du laboratoire Arago de Banyuls, il mit au point une lampe-éclair au magnésium. Grâce à ce système ingénieux, il réalisa en 1893, à quelques mètres de profondeur, des images sous-marines remarquables pour les normes de l’époque. Remarquables certes, mais pas autant que l’homme qui les réalisa. La patience et la ténacité de cet homme de science sont la pierre angulaire des fondements de la photo sous-marine qui ont cours aujourd’hui.

Images de Martin et Longley du National GeographicImages de Martin et Longley du National Geographic

L’apparition des émulsions couleur au début du siècle s’avéra comme une tentation à laquelle les photographes sous-marins ne purent résister. Les premières images sous-marines en couleur résultèrent du travail acharné de deux hommes, Charles Martin et W.H. Longley. Leurs images furent publiées en janvier 1927 dans les pages de la revue National Géographic et le grand public pouvait pour la première fois admirer les couleurs fantastiques du monde sous-marin.

Martin et Longley utilisaient l’Autochrome, une émulsion mise au point par les frères Lumière. Toutefois, ce procédé plutôt lent les oblige à avoir recours à de l’éclairage artificiel. Ils optèrent donc pour la poudre de magnésium, d’usage répandu à l’époque par les photographes terrestres. Pour être assurés d’une bonne illumination sous l’eau, ils utilisèrent une charge d’une livre pour chaque cliché, au lieu de la charge habituelle d’une once. Cette façon de faire pour le moins inusitée faillit d’ailleurs coûter la vie à Longley qui s’infligea de graves brûlures lorsqu’une explosion prématurée le surprit. Heureusement pour lui, la charge, pour l’occasion, n’était que d’une once.

La National Géographic Society supporta bon nombre d’explorations sous-marines. Lorsque le commandant Cousteau entreprit son voyage dans l’océan Indien et la Mer Rouge en 1955, Louis Marden, un des photographes du National Géographic était de l’équipage. À bord de la Calypso pendant plus de quatre mois, Marden photographia le monde sous-marin et produisit une collection de 1200 images. Son travail, le plus important jamais réalisé à cette époque, émerveilla les membres de la société et, l’année suivante, un portfolio de quarante-neuf images fut publié dans les pages de la revue de la société.

Les premiers photographes sous-marins devaient non seulement posséder un talent pour la photographie, mais également un esprit technique et une propension pour l’invention, car la majeure partie de leur équipement était de leur propre fabrication. Pour illuminer ses sujets, Marden utilisa les ampoules éclair. Ces dernières, de la grosseur d’une ampoule domestique de 60 watts, étaient non seulement sensibles à la corrosion, mais également à la pression. Pour éviter les problèmes de corrosion, Marden demanda au médecin de bord d’injecter, à l’aide d’une seringue, une quantité de cire à l’intérieur de ses 2500 ampoules pour les isoler. Cela ne les protégeait toutefois pas de la pression en profondeur et il n’était pas rare de les voir imploser. Au cours d’une plongée à 100 pieds, une ampoule implosa au moment où il essayait de la changer. Des bris de verre lui sectionnèrent un nerf du pouce, causant ainsi une paralysie partielle. À la suite de cet incident, il choisit de porter un gant de boucher en cotte de mailles pour se protéger.

Appareil de photo sous-marin CalypsophotLa deuxième moitié du XXe siècle fut marquée par de grandes innovations en terme d’équipement, dont le Nikonos. Il s’agit d’un appareil étanche de format 35mm. La cinquième version du modèle, le Nikonos V, est devenue un classique du genre. L’appareil, d’abord développé en 1958 sous le nom de Calypso par l’ingénieur Jean de Wouters et l’explorateur sous-marin Jacques Cousteau, fut par la suite commercialisé par la firme Nikon. Cet appareil connut un succès fou auprès des amateurs et des professionnels de la photographie sous-marine, malgré un handicap important aux yeux de plus d’un photographe. Son volume très compact fut le résultat d’un compromis. De type non réflexe, le photographe devait composer ses images à l’aide d’un viseur installé au-dessus de l’objectif et non à travers celui-ci.

Ceux qui ne désiraient pas utiliser le Nikonos se tournèrent vers le caisson étanche. Bates Littlehales, un photographe de l’équipe du National Géographic est l’artisan principal du développement du OceanEye. Ce caisson, conçu pour maintenir fonctionnelle la visée réflexe du Nikon F, permettait une utilisation étendue des objectifs de ce système. Pour la première fois, les photographes sous-marins pouvaient utiliser efficacement tant le grand-angulaire que le téléobjectif, tout en conservant la visée réflexe. Bates Littlehales inspira toute une génération de concepteurs et encore aujourd’hui la plupart des caissons ont des allures qui rappellent l’OceanEye.

 

RL

 

Retour à la section Photo sous-marine