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L’île de Bonaire

 

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Épuisés après un long trajet cumulant trois vols étalés sur plus 20 heures, nous voilà heureux d’être arrivés à destination. Il est tard en soirée et la préposée du centre de location de voitures m’informe que le modèle que nous avions réservé n’est plus disponible. Percevant mon agacement, elle m’offre en remplacement une compacte toute neuve, insistant sur le fait que je serais le premier à la conduire. Je refuse et lui pointe le véhicule que je veux. « Celui-là est déjà loué, vous devez revenir demain matin », me dit-elle.

Le lendemain, j’arrive à la première heure pour échanger ma petite compacte toute neuve pour un pick-up qui, de toute évidence, a perdu depuis longtemps son odeur de neuf. Mon choix peu sembler un peu bizarre, mais je vous assure que c’est le meilleur véhicule pour explorer ce paradis de la plongée de rivage, l’île de Bonaire.

Située au sud des Caraïbes, elle est associée au groupe d’îles ABC, pour Aruba, Bonaire et Curaçao, qui font partie des Antilles néerlandaises. Elle tirerait son nom du mot bonay qui, dans la langue du peuple autochtone caiquetio, signifie « terre peu élevée ». Bien que la langue officielle soit le néerlandais, l’anglais, l’espagnol et le papiamentu sont couramment parlés par sa population, qui fait un peu plus de 14 000 habitants.

Bonaire est non seulement un paradis pour les plongeurs, mais aussi un lieu de rencontre pour les planchistes ainsi qu’une destination fort appréciée par les ornithologues. Sa localisation au sud des Caraïbes, à quelques kilomètres des côtes vénézuéliennes, lui confère un climat aride ainsi que de faibles précipitations, des conditions propices à une visibilité sous-marine exceptionnelle. D’ailleurs, les plongeurs constituent la vaste majorité des plus de 60 000 touristes qui visite l’île annuellement.

La grande popularité de cette destination est la conséquence directe de la création, en 1979, du parc marin de Bonaire. Depuis, les fusils de chasse sous-marins ont cédé la place aux appareils photo. Ceinturant l’île sur plus de 2 700 hectares, le parc inclut la totalité des eaux côtières, de la ligne de marée haute jusqu’à la limite de 60 mètres de profondeur.

Parmi les règlements du parc, il y a ceux concernant la plongée d’orientation obligatoire. La nôtre se fera à Bari Reef, là où est situé notre centre de plongée ainsi que la copropriété où nous logeons. Hanny, maître de plongée, nous explique les règlements du parc ainsi que l’organisation des 91 sites de plongées qui ceinturent l’île de Bonaire ainsi que Klein Bonaire, petite île non habitée située dans le croissant ouest de l’île et accessible seulement par bateau. Gerry, biologiste et guide local, se joint ensuite à elle. Il nous décrit avec une passion hors du commun les différentes espèces qui peuplent le récif et que nous pourrons d’observer. Il nous avoue que Bari Reef est loin d’être le plus spectaculaire des sites de l’île, mais pour un œil averti, il est celui où nous sommes susceptibles d’observer le plus grand nombre d’espèces de poissons.
D’ailleurs, 333 espèces de poissons ont été répertoriées à Bari Reef, et c’est l’organisation REEF (Reef Environmental Education Foundation) qui compile les observations. Cet organisme a mis sur pied une base de données qui compile les observations d’espèces de poissons des plongeurs, et cela pour un grand nombre d’îles des Caraïbes ainsi que pour d’autres sites d’intérêt sur la planète. Gerry nous encourage aussi à noter nos observations et à les transmettre à l’organisation REEF.

Pour ma part, cette première plongée revêt une dimension spéciale, car il y a longtemps que j’ai plongé dans les eaux des Caraïbes, mon projet de guide, La vie en eau douce, m’ayant gardé au Québec pendant plusieurs années. Il s’agit aussi pour moi du premier voyage où toutes les images sous-marines se feront avec un appareil numérique. Pour Anne-Marie, qui en est à sa deuxième saison de plongée, il s’agit du tout premier voyage dans les Caraïbes. Malgré sa formation de biologiste spécialisée dans les eaux douces, cet environnement est tout nouveau pour elle et elle a bien hâte de le connaître. Les plongées seront donc des plus intéressantes.

La mise à l’eau se fait à partir du quai du centre de plongée. Une fois l’équipement de plongée préparé, je vérifie de nouveau mon appareil photo. L’appareil et le caisson qui le protège n’ont connu que quelques plongées et je me sens un brin nerveux de les mettre sous l’eau. J’avais perdu depuis fort longtemps ce sentiment. J’ai abandonné le film l’an dernier et remisé mes deux caissons Aquatica, qui m’ont fidèlement accompagné en plongée pendant plus de vingt ans. Aujourd’hui, la simple idée de noyer mon Nikon D2X me fait frémir. Tout semble parfait et nous partons.

Bari Reef, comme plusieurs sites de l’île, débute par un plateau sablonneux d’une cinquantaine de mètres de largeur, cédant ensuite à un récif corallien en pente très inclinée. Les poissons sont nombreux et la variété d’espèces est impressionnante. J’avais un peu oublié leur niveau d’activité et la frénésie de leurs déplacements. Les plus actifs sont sans contredit les maniocs bouteille, qui se déplacent à toute vitesse au-dessus du récif et exhibent leur danse nuptiale. La couleur de ces poissons, particulièrement les mâles, est de toute beauté.

Notre plongée s’achève et je m’attarde quelques instants au haut du récif. Un membre de la famille des demoiselles attire mon attention. Je m’approche lentement, car je le sens très craintif. Il s’agit du demoiselle trois points, qui, malgré sa petite taille, attaque sans hésitation quiconque approche de son nid. Après un moment, il s’habitue quelque peu à ma présence, ce qui me permet de prendre quelques clichés avant de sortir de l’eau.

Durant le lunch, Anne-Marie et moi relisons nos notes et consultons la carte des sites afin de choisir notre destination plongée d’après-midi. Nous hésitons un moment et optons pour le nord de l’île. Une fois la camionnette chargée de tout le matériel, nous partons vers le site nommé 1000 Steps, en raison des nombreuses marches à descendre pour accéder au rivage. En chemin, nous remarquons les pierres peintes en jaune jonchant le bord de la route et qui marquent les sites de plongée. Arrivé à 1000 Steps, un des plus populaires de l’île, nous décidons qu’il y a trop de plongeurs à notre goût et continuons vers notre deuxième choix, Ol’Blue.

Le panorama le long de la route qui longe la mer est magnifique et il est difficile de porter attention aux pierres jaunes qui se succèdent. Après quelques minutes de route, nous apercevons la marque du Ol’Blue et stationnons à quelques mètres seulement du rivage. Il n’y a qu’un véhicule de plongeurs, et un autre appartenant à des habitants locaux qui apprécient ce site pour la plage et la baignade.

Contrairement au sud, le plateau des sites du nord de l’île est très étroit, de 15 à 20 mètres tout au plus dans le cas du Ol’Blue. Le corail corne d’élan ainsi que le corail corne de cerf dominent. L’éventail de mer commun qui ondule au gré du mouvement de la mer est aussi très présent. Je m’y attarde le temps de faire quelques photos. À la fin du plateau, à environ 10 à 12 mètres de profondeur, il y a une zone de transition qui est principalement colonisée par le corail étoilé massif. Plus en profondeur, lorsque la section en pente se transforme en tombant quasi verticalement, il cède progressivement sa place au corail agarice à spires.

Une fois au tombant, ma chasse photographique est d’abord dirigée sur les poissons anges français, nombreux sur ce site. Il y a ensuite un banc de chirurgiens bleus, parmi lesquels on voit quelques chirurgiens rayés ainsi qu’un poisson trompette. La stratégie de ce dernier est de coller très près d’un poisson plus volumineux que lui et non piscivore. Les petits poissons dont il raffole ne le verront pas venir et à la première occasion, il n’en fera qu’une bouchée.

À notre sortie de l’eau, je remarque que nous sommes seuls sur le site et que cela a été le cas tout au long de la plongée, car nous n’avons pas croisé les autres plongeurs qui étaient à l’eau avant nous. Nous rechargeons le matériel à l’arrière de la camionnette et quittons le Ol’Blue pendant que d’autres plongeurs s’installent afin de profiter de cet endroit exceptionnel.

Cette première journée à Bonaire se termine au Den Laman. C’est le resto attenant à notre copropriété et où nous prenons l’apéro tout en notant nos plongées dans nos carnets. Devant nous, alors qu’un petit groupe se prépare à une plongée de nuit à Bari Reef, le soleil devient rouge flamboyant. Quant à nous, ce sera notre entrée à un bon repas avec vue sur la mer. La plongée de nuit, ce sera pour un autre jour.

À notre cinquième journée, carte de l’île à la main, nous optons pour la pointe sud de l’île. Le moment est parfait, car ce matin, les vents sont faibles et la mer très calme, ce qui facilitera la longue traversée du plateau qui sépare le rivage du récif. En effet, plus on s’approche de la pointe sud et plus le récif s’éloigne de la rive. Une autre caractéristique de la pointe sud est la présence d’un double récif. Ce dernier est séparé du récif principal par un chenal d’une largeur d’environ 50 à 60 mètres. La longue distance à palmer pour se rendre au récif sera donc récompensée.

En route vers le sud de l’île, nous restons attentifs aux curieuses pierres peintes en jaune qui se succèdent. Voilà la nôtre, Angel City, nommée d’après les nombreux poissons anges qu’on peut y observer. Un peu moins de 10 minutes de nage auront été nécessaires pour atteindre le récif. Notre curiosité nous pousse à constater de visu la présence du second récif. Je m’arrête à mi-chemin entre les deux formations et m’approche du fond. Soudainement, j’ai l’impression de planer entre les parois d’une rivière. Nous continuons notre route et à la première occasion, j’en profite pour photographier un poisson ange, symbole de ce lieu. La succession des espèces telles que les coraux est identique à celle des sites du nord de l’île, mais je remarque que la densité des poissons est plus faible.

Nous terminons la journée à Bari Reef. Notre objectif de plongée est de passer un long moment à observer les poissons juvéniles qui peuplent les pouponnières construites par Jerry. Il a ramassé des bouts de corail et les a entrelacés à la manière des castors lorsqu’ils érigent un barrage. De part et d’autre du quai, ces pouponnières offrent aux jeunes poissons un abri ainsi qu’une meilleure chance de survie. Pour nous, c’est la possibilité d’observer le comportement de jeunes poissons d’un point de vue privilégié.

Nous avons décidé de nous réserver Klein Bonaire pour un prochain voyage. Toutefois, une visite du côté ouest de l’île s’imposait avant notre départ. Balayée par un vent omniprésent, la mer y est beaucoup plus agitée. Larry, capitaine d’un pneumatique de 12 mètres, nous propose des plongées de dérive où il est possible d’observer des raies, des tortues et parfois des requins. Pas de chance, nous n’avons vu qu’une tortue d’assez loin. Par contre, à notre deuxième plongée au site du Blue Hole, la récolte d’images fut des plus fructueuses. À une profondeur d’une quinzaine de mètres, Larry nous avait promis la rencontre d’un banc de plus d’une centaine de tarpons de bonne taille et nous avons été gâtés. Voilà qui termine notre séjour en beauté.

Si vous n’appréciez guère la plongée dans des sites bondés et sur des bateaux aux horaires stricts, je vous assure que vous serez bien servi. Mer calme, excellente visibilité et poissons en abondance, voilà ce que Bonaire a à offrir.

 

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Texte et photos Robert La Salle – Printemps 2006 – Tous droits réservés

 

 

Liens Utiles

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www.ilovebonaire.com
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