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Les Escoumins

 

Plongeur aux Escoumins

 

Il m’arrive, pour m’inspirer, de relire mon carnet de plongée. En remontant loin en arrière, j’y retrouve cette note: «Je viens de plonger dans un jardin magnifique aux parois rosées, tapissées d’anémones, d’étoiles de mer et de crabes, et combien glacial.» C’était en mars 1982 aux Escoumins. J’ai peine à croire que 26 années se sont écoulées depuis. L’idée me vient ensuite de compter les plongées faites dans ce coin de pays renommé pour la colorée faune sous-marine et surtout pour l’observation des baleines. Au bout de quelques minutes, le compte s’arrête à 337 plongées, qui ont eu lieu sur une dizaine de sites entre la pointe du Cap-de-Bon-Désir et le vieux quai de la traverse.

Pour plonger aux Escoumins, il faut être prêt à composer avec l’imprévu. L’été dernier, j’y ai passé une semaine et la visibilité était exécrable, pour dire le moins. Dans les meilleures conditions, nous voyions à une distance d’à peine deux mètres et c’est sans parler du courant qui, parfois, nous balayait comme de vulgaires bouts de papier au vent. Nous nous sommes alors concentrés sur les petits animaux que nous avons observés de très près.  Par contre, en octobre, durant le congé de l’Action de grâce, il était difficile de croire qu’il s’agissait du même endroit. D’une plongée à l’autre, nous avons eu droit à une visibilité allant de 15 à 20 mètres, avec un léger courant qui nous emportait toujours dans la bonne direction. Absolument extraordinaire! Comme c’est toujours le cas avec une telle visibilité, l’eau était glaciale. Sa température n’a guère dépassé les deux degrés Celsius.

Après toutes ces années, selon moi, bien peu a changé sous l’eau des Escoumins. Sauf peut-être les poissons, qui me semblent moins nombreux. En surface, toutefois, le paysage est bien différent. La vieille carrière désaffectée à l’est du Quai des pilotes a fait place au Centre des loisirs marins. À l’origine une création municipale, le centre est maintenant géré par Parc Canada et a été rebaptisé Centre de découvertes du milieu marin.

Peu ouvert au départ à l’idée de recevoir une clientèle de plongeurs, Parc Canada est aujourd’hui très à l’écoute des besoins de ces derniers. Le Centre compte bien sûr des salles d’exposition dédiées principalement au grand public, mais à l’étage inférieur sont aussi offerts des services aux plongeurs. L’endroit abrite une boutique où il est possible de faire remplir ses bouteilles et où on trouve tout le nécessaire pour rincer et sécher son équipement après la plongée. Afin de faciliter l’accès aux trois sites de plongée principaux, des passerelles ont été aménagées. Malgré toutes ces commodités, le prix d’entrée demeure très raisonnable.

À environ une dizaine de kilomètres à l’ouest du Centre, il y a le site du Paradis marin. Ce site est accessible aux plongeurs depuis une bonne quinzaine d’années, là aussi à un prix raisonnable. Les amateurs de camping peuvent y installer leur tente et tout le monde peut louer un kayak de mer afin d’explorer le rivage et de voir les baleines de près. Pas de chance pour nous, on ne les voit jamais en plongée!

Il est aussi possible de plonger à partir de la réserve amérindienne d’Essipit. L’accès au site est en principe réservé aux locataires des copropriétés situées près d’une petite baie nommée l’Anse à Motté. De leur propre aveu, les administrateurs de la réserve ne font rien de particulier pour attirer les plongeurs, mais si vous êtes prêt à marcher une cinquantaine de mètres avec votre équipement, le paysage sous-marin en vaut la peine. Et la vue sur le fleuve est des plus prenantes.

Bien sûr, il ne faut pas oublier le mur adjacent au Quai des pilotes ni l’épave du Bergeronnes Trader, tout juste en face. Ce site non officiel, mais fréquenté par les plongeurs depuis plus de trente ans, est fort agréable. Pour y accéder, il vous faudra stationner sur l’étroit accotement de la rue du Quai, là où il est en principe interdit de le faire. Les plongeurs y sont tolérés tant qu’ils ne bloquent pas la circulation pour se rendre au quai.  Le mur à cet endroit présente un assemblage faunique magnifique. À marée descendante, on peut se laisser dériver jusqu’à la crique Ouest du Centre de découverte du milieu marin, ou vice-versa. Quant à l’épave du Bergeronne Trader, il n’en reste pas grand-chose, mais en période de bonne visibilité, la plongée y est intéressante.  Située à plus de 100 pieds de profondeur, cette épave se trouve hors de la limite permise pour les plongeurs de niveau 1.

Les eaux de l’estuaire maritime du Saint-Laurent, comprenant le secteur des Escoumins, sont d’une richesse biologique incomparable.  Du plancton aux baleines en passant par le krill et les poissons, ces eaux foisonnent de vie. C’est dans les profondeurs de l’estuaire que se décomposent les matières organiques animales et végétales ayant séjourné plus en surface. Les éléments nutritifs ainsi régénérés remontent régulièrement, propulsés vers la surface par des courants marins conjugués aux mouvements des marées.

Ce phénomène, connu sous le nom de résurgence des eaux, ou upwelling, est particulièrement présent dans le secteur entre Les Escoumins et Tadoussac.  À cet endroit, la profondeur de l’estuaire passe de 300 mètres à environ 20 mètres. Dans ce goulot estuarien, la matière nutritive régénérée est poussée vers le haut.  Une fois exposée à la lumière de la couche supérieure, elle enclenche une explosion de vie végétale dont profite toute la chaîne alimentaire. L’eau se colore alors d’un vert intense, pour le plus grand plaisir de nos yeux.

Lorsque le courant est faible et que la visibilité est bonne, j’aime bien observer la faune des profondeurs. Plusieurs sites de plongée près des Escoumins débutent par un escarpement.  Le fond s’aplanit aux alentours de 30 mètres et continue en pente douce. Le substrat se constitue alors principalement de vase sablonneuse, à la surface de laquelle on observe les siphons de bivalves enfouis ainsi qu’un foisonnement d’ophiures qui broutent les matières organiques. Les ophiures ressemblent aux étoiles de mer, mais elles sont munies de bras effilés et très agiles. Ce qui attire toutefois mon attention, ce sont les quelques crabes des neiges qui remontent des grandes profondeurs. Comme les autres crabes observés en plongée, qui sont généralement plus petits, le crabe des neiges se tient immobile sur le fond, dans l’attente d’une proie.

Nos plongées se terminent toujours par un arrêt sécuritaire aux alentours de cinq mètres de profondeur. C’est le moment pour moi de scruter les eaux à la recherche d’animaux à la dérive. Le papillon de mer (clione limacina), de la famille des escargots, se retrouve dans les couches de surface des eaux nordiques. Ce mollusque d’une longueur moyenne de deux centimètres ne possède pas de coquille et se déplace à l’aide d’une paire d’ailettes.  À l’instar de ses congénères planctoniques, il est constamment soumis aux aléas des courants marins. Les eaux froides de la Côte-Nord nous laissent parfois le plaisir de les observer.  Bien que je n’en aie jamais croisé, il semble que cette espèce se déplace parfois en bancs assez gros pour nourrir une grande baleine à fanons.

La ville des Escoumins se situe au fond d’une baie métamorphosée complètement au gré des marées. Les levers de soleil qu’on voit parfois dans cette baie éblouissent par leur grande beauté. Les quelques hôteliers du village connaissent bien les plongeurs et leurs exigences, particulièrement le Manoir Bellevue, situé au cœur de la ville, ainsi que le Motel 138 du Complexe Hotelier Pelchat, plus à l’est. Ce dernier est d’ailleurs le seul hôtelier à offrir le service de remplissage de bouteilles sur place.

Un dernier mot aux plongeurs qui se rendront aux Escoumins : ne vous attendez pas à y trouver les services habituellement offerts dans les centres de plongée tropicaux, ou même ceux offerts aux Mille-Îles. Les centres de plongée qu’on retrouve dans le Sud sont fréquentés par un nombre de plongeurs considérable, sans compter que leur saison haute s’étale sur une plus longue période qu’ici. La région des Escoumins offre des infrastructures modestes, mais selon moi, amplement suffisantes. Je vous assure toutefois que si mère Nature est le moindrement de votre bord, vous allez en avoir pour votre argent !

Si vous n’avez pas facilement froid aux yeux, ou devrais-je dire au bout des doigts, je vous propose d’aller y saucer vos palmes cet été et, qui sait, si nous sommes suffisamment nombreux, nous y ferons peut-être un jour des plongées à partir d’un charter aménagé spécifiquement pour nous. Lorsque ce jour arrivera, je vous parlerai de la demi-douzaine de sites entre le Cap-du-Bon-Désir et l’ancien quai de la traverse, qui en valent bien la peine.

Texte et photos Robert La Salle – Automne 2008 – Tous droits réservés

 

Visiter les galeries photo : Les Escoumins et Escoumins – 2011

Liens Utiles

Scubapédia : Informations supplémentaires sur la plongée aux Escoumins
Complexe Hotelier Pelchat : hébergement, restauration, station d’air
Centre de découverte du milieu marin : Site de plongée
Manoir Bellevue : hébergement, restauration
Réserve Essipit Hébergements Grand Natakam, Restauration, Dépanneur, Excursion en Mer et Boutique Artisanale

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