L’épave du Eastcliff-Hall

L'épave du Eastcliff-Hall

 

En plongeant sur le Eastcliff Hall, la plus grande surprise vient de la force du courant. Ce dernier nous frappe de plein fouet dès notre entrée à l’eau. La descente avec un appareil photo à la main devient alors particulièrement pénible. Ma consommation d’air en prend pour son rhume. Heureusement, je sais que le courant diminuera de beaucoup près de l’épave. Avec un peu moins de dix mètres à faire, je devine les contours de la coque. Je ne peux voir, malgré la bonne visibilité, qu’une faible portion de ses cent quatre mètres de longueur.

À vingt mètres de profondeur, j’arrive au niveau du pont supérieur. Après quelques instants pour reprendre mon souffle, je me dirige lentement vers la proue. En chemin, je remarque les immenses cales, mais je les passe sans m’y attarder. En réalité, le devant du bateau m’intéresse davantage. La visibilité est bonne et mon plan consiste à faire des images de la proue. Par la suite, je me laisserai lentement dériver vers l’arrière pour saisir des images au gré de mon inspiration.

Une fois à la proue, je tente de la dépasser pour faire une photo. Le courant est si fort qu’il me ramène au-dessus de l’épave dès que j’arrête de palmer. À ma quatrième tentative, je crois bien avoir réussi la photo que je voulais.

Toujours à la proue, j’en profite pour photographier le treuil utilisé jadis pour remonter l’ancre. Aujourd’hui, il reste peu de chose de la cabine de pilotage situé à l’avant du bateau. Puisque le naufrage a eu lieu près de la voie maritime, elle a dû être dynamitée. Elle comportait trop de risques pour la navigation.

Durant mon enfance passée en bordure et sur le Fleuve Saint-Laurent, j’ai peut-être un jour admiré le Eastcliff Hall. Qui sait, l’ai-je possiblement admiré la veille du naufrage naviguant en direction des Grands Lacs?

Construit à Montréal en 1954 par la Canadian Vickers, le Eastcliff Hall était spécialement conçu pour naviguer sur la voie maritime du Saint-Laurent. Les cales remplies de lingots d’acier, au petit matin du 14 juillet 1970, il heurte un haut-fond et une structure de ciment où s’ancre une bouée. Il coule rapidement, causant la mort de 9 de ses 21 membres d’équipage.

Sorti de ces pensées nostalgiques, je me reconcentre sur la plongée. Après avoir rectifié ma trajectoire, je me laisse dériver pour entrer dans la première cale. Le soleil brille radieusement aujourd’hui. Je ne sens pas le besoin d’allumer ma lampe, pourtant indispensable par temps nuageux. Une grande quantité de débris jonchent cette section du bateau. Il s’agit en fait des restes du dynamitage de la cabine. Mieux vaut être prudent. Encore aujourd’hui, des traces de sa cargaison, sous la forme de lingot d’acier, demeurent visibles. Des éponges d’eau douce colonisent les structures, teintant ainsi de jaune les parois. Un petit nombre de poissons nagent dans le secteur et viennent ainsi compléter le tableau. Il y a évidemment des Crapets de roche ainsi que plusieurs Achigans à petite bouche. J’observe également leurs prédateurs habituels, soit quelques dorés et un brochet.

Vers l’arrière du bateau, je croise quelques plongeurs. Ces derniers ont préféré commencer leur exploration par la poupe. Je me doute que le reste de la plongée se déroulera en visibilité réduite, car les sédiments du fond des cales se soulèvent facilement. Arrivé au bout de la dernière cale, je remonte vers le pont supérieur pour me laisser couler au fond derrière l’épave. Je suis à la poupe où jadis il y avait les hélices. Elles ont été récupérées après le naufrage. C’est dommage, j’aurais bien aimé les photographier.

Mon manomètre à pression m’indique qu’il est temps de remonter. Je me dirige à tribord, là où sont fixées les cordes d’ancrage. Arrivé au pont supérieur, j’avance à contre-courant vers l’avant du bateau. Je m’accroche à la corde d’ancrage et j’amorce ma remontée. Je m’arrête à trois mètres pour effectuer mon palier de sécurité. Je tiens la corde fermement et comme un drapeau, je bats « au vent » complètement à l’horizontale. Il ne me reste qu’à regarder mes bulles dériver et se faire aussi malmener par le courant.

Texte et photos Robert La Salle – Automne 2009 – Tous droits réservés

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Liens Utiles

Scubapédia : Informations supplémentaires sur l’épave
Save Ontario Shipwrecks : Organisation pour la sauvegarde des épaves en Ontario
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