L’épave du Conestoga

L’Épave du conestoga

La région des Mille-Îles, dans le sud-est de l’Ontario, comprend un grand nombre de sites fréquentés par les adeptes de la plongée sous-marine.  Je l’apprécie particulièrement pour la diversité des sites de plongée qu’on y retrouve. Les amateurs d’épaves, de faune et de flore aquatiques ou de plongée de dérive y trouveront leur compte. Le calme qu’inspire le paysage et le dépaysement des villages de style loyaliste contribuent également, selon moi, aux plaisirs de cette région.

Partis de bon matin, après quelque deux heures de route, nous arrivons aux abords d’un bras de terre longeant les rives de Cardinal, un petit village de l’Ontario.  Difficile de ne pas voir la pièce de métal tubulaire sortant de l’eau et indiquant clairement l’emplacement de l’épave.  Certains vous parleront d’une cheminée, d’autres d’un cylindre ayant perdu son piston.  Il semble que ce soit une pièce du moteur que l’on voit ainsi dépasser.  Bien stationnés sous un arbre en amont de l’épave, nous nous mettons à l’eau rapidement.  À quelques endroits le long de la route de gravier, la végétation a été retirée afin qu’on puisse accéder au fleuve.  La descente se fait doucement le long d’une pente rocheuse offrant suffisamment de substrats pour les plantes aquatiques.  La vallisnérie y pousse en abondance et en cette journée lumineuse, le jeu entre les rayons de soleil et les feuilles étroites, souples de cette plante offre un tableau très intéressant.

En regardant attentivement, il est facile de repérer des écrevisses du nord tentant de se cacher sur le fond dès qu’arrive un plongeur ou un prédateur…  À moins que vous n’en croisiez un téméraire comme celui que nous avons observé durant cette plongée.  Il se défendait bravement, pinces relevées, contre les attaques d’un achigan lorsque nous l’avons aperçu.  Une fois le poisson écarté par notre présence, il était prêt à pincer les deux « gros » plongeurs s’approchant de lui.

Nos profondimètres indiquent à peine 4 mètres (12 pieds) et nous sommes déjà arrivés au fond.  Un léger courant, d’environ un nœud, nous emmène à la proue du bateau.  De ce dernier, il ne reste que la portion jadis submergée.  Un incendie a causé sa perte, mais les séances de dynamitage ainsi que l’effet des glaces ont tour à tour contribué à faire disparaître la cabine, le pont, toute la structure supérieure. Seule cette pièce faisant saillie de l’eau rappelle l’élévation d’antan. Vu d’en bas, ce qu’il reste de la proue ressemble étrangement à un drakkar.

En longeant l’épave à tribord et en se tenant près du fond, on peut observer plusieurs dizaines de crapets de roche se terrant sous la coque.  Y pointer une lampe de plongée permet de distinguer les dizaines d’yeux attentifs cerclés d’orange surveillant vos moindres déplacements.  Les crapets se rassemblent de ce côté de l’épave, là où le courant reste faible.  Quelques débris de bois d’une dizaine de mètres de long jonchent les sédiments peu avant d’atteindre la poupe du bateau.

Bien qu’amputée d’une de ses pales, l’hélice orne toujours l’arrière du Conestoga. D’une envergure d’environ quatre mètres, cette pièce du bateau me fascine.  Je peux aisément l’imaginer, il y a 130 ans, propulsant le navire à une vitesse de huit nœuds.  En s’accrochant à l’hélice, la remontée vers l’intérieur de la coque se fait aisément.  Le courant y est affaibli par la paroi de l’épave et c’est là qu’on retrouve souvent la plus grande concentration de plongeurs.  Les achigans, les crapets et les rares brochets détalent lorsque la densité des visiteurs palmés devient trop importante.

Des débris de bois, des rouages mécaniques et d’autres pièces garnissent le fond de la cale.  Le désordre apparent des pièces laisse difficilement deviner leur emplacement d’origine ou leur fonction exacte.  La vallisnérie les recouvre maintenant et à quelques endroits, nous avons pu observer des éponges d’eau douce.  Toujours à l’intérieur de la cale, tout près de la proue, une plaque commémorative résumant l’histoire du Conestoga attire l’attention des plongeurs.  Souvent photographiée, cette plaque nous rappelle de contribuer, par notre respect des lieux, à la conservation des épaves.  Les collectionneurs ont d’ailleurs vidé le Conestoga de ses artéfacts intéressants depuis longtemps. Il ne reste que coque et moules.  Bien qu’elles ne présentent pas un grand attrait pour les amateurs de faune, les moules zébrées tapissent généreusement la coque, les débris jonchant les sédiments et la cale ainsi que les roches présentes sur le site.  L’avantage de ces mollusques envahissants réside uniquement dans leur action filtrante, qui augmente la visibilité.  Originaires de la mer Caspienne, les moules zébrées envahissent graduellement nos cours d’eau, au détriment malheureusement des espèces indigènes.

Nous ressortons de la cale au niveau de la proue pour cette fois longer le flan de l’épave à bâbord.  Le courant de ce côté est un peu plus fort.  Sous la coque, on observe non pas des crapets, mais plutôt des achigans à petite bouche, qui supportent mieux le courant. Plus en aval, tout près du point d’ancrage de la bouée de « Save Ontario Shipwrecks », située légèrement à l’arrière de l’épave, nous sommes chanceux de croiser un petit groupe d’environ sept à huit dorés jaunes, qui se laissent difficilement approcher.  Il n’est pas étonnant de les observer dans la zone où le courant est plus fort.  Ce poisson sensible à la lumière affectionne particulièrement les eaux vives où la visibilité est réduite…  Un peu à l’inverse des plongeurs.

L’épave du Conestoga convient bien aux plongeurs débutants ou aux plongeurs plus avancés en quête d’une sortie agréable et relaxante.  Puisque l’épave gît à une profondeur maximale de moins de cinq mètres et qu’elle ne mesure que 77 mètres de long, les plongeurs ont suffisamment de temps pour bien l’observer.  La cale est complètement ouverte, ce qui facilite également la visite.  Seules les feuilles métalliques, se détachant de la coque originale en bois, peuvent présenter un risque.

Après deux plongées, nous avons terminé la journée à siroter un petit cocktail santé tranquillement, assis sous un arbre à regarder les cargos passer sur la voie maritime. Ce site est paisible et très agréable.

Pour vous rendre à Cardinal, prenez la route 401 (en Ontario), sortie 730 en direction sud.  Suivez la route 22 (Shanly Road) jusqu’au fleuve Saint-Laurent ; vous verrez alors un bâtiment de la légion et un canon.  Suivez la route de gravier, au bord de laquelle vous pourrez vous stationner.  Bonne plongée !

 

Galerie photo

 

 

Texte : Anne-Marie Labrecque

Photos : Robert La Salle

Été 2008 – Tous droits réservés

Liens utiles

Scubapédia : Informations supplémentaires sur l’épave
Save Ontario Shipwrecks : Organisation pour la sauvegarde des épaves en Ontario
Carte Google