Carrière Morisson

Plonger sous la glace

 

Pris avec une vraie grippe d’homme, je me vois tristement dans l’obligation d’annuler ma plongée sous-glace d’aujourd’hui. C’est dommage, car les conditions ce matin sont parfaites. Le soleil est radieux, les vents sont légers et le maximum prévu est de -4 C. Je me voyais déjà sur la glace contraint de porter mes lunettes de soleil tellement la neige éblouirait. Tant pis, ce sera pour une autre fois.

Confiné à la maison et bien emmitouflé sur ma chaise préférée, j’ai déposé près de moi une boite de Kleenex ainsi qu’une tisane bien chaude. Sur mes cuisses, il y a mon ordinateur portable avec lequel je regarde mes images de plongée sous glace des années antérieures. Je remarque que les plus intéressantes proviennent toutes du même endroit, la Carrière Morisson. J’aime bien ce site pour la plongée sous glace, car son accès est facile, l’environnement extérieur bien aménagé pour la plongée et l’eau l’hiver tellement limpide. Ma seule réserve est qu’il y a parfois trop de groupes de plongeurs en même temps. La visibilité en prend alors pour son rhume…

Pour ma part, l’approche du printemps symbolise à coup sûr la plongée sous glace et la préparation de mon équipement photo, rangé et inutilisé depuis quelques semaines. J’ai toujours hâte de reprendre mon appareil en main pour faire de nouvelles images. Lorsqu’il m’arrive de montrer mes images de plongée sous glace à des non-plongeurs, la réaction est toujours la même. Je perçois d’abord une angoisse dans leur regard, suivi immanquablement de la même question. N’est-ce pas dangereux d’aller sous la glace? À leur grande surprise, je leur explique qu’exécutée selon les règles de l’art, la plongée sous glace est très sécuritaire.

La plupart comprennent lorsque je leur fais remarquer les cordes jaunes en nylon qui relient les plongeurs à la surface. Ensuite, je leur explique le principe du plongeur relié par ce fil d’Ariane à un binôme situé à la surface près du trou et avec lequel il communique régulièrement.

La seconde question a toujours rapport au froid. Je réponds que ce n’est pas si mal, puisque l’eau douce sous la glace d’un lac est toujours à 4 Celsius, comparativement à l’eau salée du Saint-Laurent marin qui descend jusqu’à -2 Celsius. Par contre, je leur avoue utiliser un habit de type sec et que je serai incapable de le faire en habit mouillé.

Un coup d’oeil à ma montre me laisse croire que les plongeurs que je devais rejoindre ce matin doivent achever la première étape de préparation. Celle-ci consiste à dégager la neige accumulée depuis le début de l’hiver sur une surface suffisante pour loger l’ensemble des participants et leurs équipements.

Ensuite, il faut déterminer à l’intérieur de cette enceinte la surface du trou. Percer le trou est l’étape la plus aléatoire du périple. On ne sait jamais combien de temps sera nécessaire pour percer l’ouverture par laquelle les plongeurs vont se glisser dans l’eau. Lorsque la glace a le minimum requis pour soutenir les plongeurs, soit 15 cm, le travail ne prend guère plus de 30 minutes. Par contre, lors d’hiver très rigoureux, l’épaisseur de la glace peut atteindre jusqu’à un mètre. Dans ces conditions, percer le trou peut prendre deux à trois heures de travail. L’outil principal du maître d’oeuvre est la scie à chaine. Ce dernier doit avoir des bottes chaudes et imperméables, préférablement équipées de crampons. Ses vêtements doivent aussi être imperméables, car il sera complètement aspergé d’eau par l’action de la chaine.

Pendant ce temps, les premiers plongeurs se préparent. En plus de leur équipement habituel, les plongeurs endossent un harnais muni d’anneaux. L’un des bouts de la corde de nylon est attaché à un anneau du harnais, tandis que l’autre bout est fixé à un pic enfoncé solidement dans la glace. Le plongeur est ensuite jumelé à une personne qui aura pour tache de gérer le mou de la corde du plongeur pendant son immersion. Par un code d’un, deux, trois ou quatre bons coups sur la corde, le plongeur et son binôme sont en mesure de communiquer.

Je vous fais grâce de tous les détails techniques de longueur de cordes, de plongeur de sécurité, des précautions à prendre avec le détendeur et des risques d’hypothermie. Cependant, je m’en voudrais de ne pas vous faire les recommandations suivantes. La première étape pour vous initier à la plongée sous glace est de vous inscrire à un cours donné par une boutique ou une école de plongée qui offre cette spécialité. Une fois le brevet en poche, l’étape suivante est de vous inscrire à une sortie proposée par les mêmes organisations. Ne vous aventurez jamais sous la glace par vous-même ou avec d’autres plongeurs inexpérimentés.

Puisque cette année l’hiver n’a pas été exceptionnellement rigoureux, j’imagine que mes amis ont terminé la préparation du site et que les premiers plongeurs sont sur le point de se glisser à l’eau. Vu que les photographes et les caméramans requièrent la meilleure visibilité possible, j’ai souvent ce privilège. Ce fut le cas lors de ma dernière plongée sous glace en mars 2008.

Par un matin où tout était parfait, le soleil et la visibilité au rendez-vous, j’ai eu le plaisir immense d’une quinzaine de minutes seul à photographier les rayons du soleil pénétrant dans l’eau. Lors de telles conditions, j’ai l’impression de me déplacer à l’intérieur d’une cathédrale fluide au vitrail unique. C’est vraiment magique.

Pour ceux qui ne peuvent s’émouvoir à la vue d’un rayon de soleil, ou s’en lassent rapidement, la Carrière Morisson est jonchée d’artéfacts ajoutés au fil des ans au bénéfice des plongeurs. Le plus intéressant est sans contredit l’avion. J’oublie les autres, car je vous avouerai ne pas vraiment m’y intéresser. Pour ma part, l’intérêt se retrouve dans les rayons de soleil pénétrant dans l’eau, mais aussi dans la multitude de formes et de textures incrustées dans la glace, un pur délice pour les amateurs d’abstractions. C’est le photographe en moi qui parle.

Bonnes plongées et au plaisir de se croiser sous la glace, si je peux venir à bout de cette grippe…

Texte et photos Robert La Salle – Hiver 2009 – Tous droits réservés

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